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Donnerstag, 24. Mai 2012






Writing the history of Iraq 2008


Comment écrire l’histoire de l’Irak? Enjeux historiographiques et politiques
 
Institut de hautes études internationales et du développement (IHEID), Genève, Suisse, 6-8 novembre 2008

Le colloque Comment écrire l’histoire de l’Irak? Enjeux historiographiques et politiques s’est tenu à Genève du 6 au 8 novembre. Il s’est déroulé dans une ambiance très constructive et a permis aux différents participant-e-s d’approfondir des liens préexistants ou d’en créer de nouveaux. En outre, des discussions intenses ont pris place autour des présentations et lors de nombreuses rencontres informelles. Qui plus est, le colloque a su allier les apports de spécialistes chevronnés aux angles de recherche présentés par une nouvelle génération de chercheuses et chercheurs, respectant de surcroît une parité homme-femme. En raison de la situation sécuritaires dans leur pays et les difficultés de se déplacer qui y sont liées, aucun-e chercheur-e vivant directement d'Irak n'a pu se joindre à nous, mais plusieurs personnes d'origine irakienne et habitant hors du pays étaient présentes.

Si d’aucuns doutaient de l’existence d’un champ constitué d’études irakiennes, les riches contributions des participant-e-s au colloque ont démontré que, au contraire, l’on peut parler bel et bien de la formation de ce champ. Plusieurs participant-e-s ont salué l'initiative de l'organisation de cette rencontre en disant que c'était la première fois que tant de spécialistes de l'histoire de l'Irak étaient réuni-e-s au même endroit et ont appelé à renouveler l'expérience dans une rencontre future sur un modèle similaire. Le colloque a aussi attiré l'attention de différents publics: des employé-e-s de différentes ambassades, des journalistes et des personnes travaillant dans des ONG ou les différents organismes de l'ONU, des enseignants de l'IHEID. Des étudiant-e-s étaient présent-e-s, dont certain-e-s forment sans nulle soute la relève de demain.

Face au « trop-plein » d’informations sur les événements (attentats, fusillades, etc.) de l’Irak post-Saddam Hussein, le colloque se voulait un atelier de réflexion afin de proposer des repères pour une lecture de l’histoire irakienne contemporaine, permettant d’établir un lien entre la longue durée et les lieux et moments de rupture violents, entre un structurel et un conjoncturel. Pour ce faire, le colloque visait plusieurs objectifs complémentaires. D’une part, il cherchait à susciter un débat intellectuel parmi des spécialistes sur les enjeux historiographiques et politiques visant l’élaboration de l’histoire dans un Etat à mi-chemin entre reconstruction et implosion. D’autre part, le colloque aspirait à décloisonner le cas irakien en l’inscrivant dans son cadre régional et dans une perspective diachronique des conflits au cours du XXe siècle.

Les interventions ont été réparties en huit ateliers réunissant chacun entre deux et quatre conférenciers – modérés par des spécialistes de régions limitrophes (Turquie, Jordanie…) –, autour de trois axes : 1) Etat des lieux de la recherche actuelle sur l’Irak ; 2) L’Irak face à son passé (XXe siècle) : la période coloniale, les mémoires locales, la « débaassification » de l’histoire ; et 3) Perspectives de futur ; autrement dit, est-il possible d’écrire une histoire qui s’insère dans de nouveaux paradigmes ?
Le premier atelier (Johan Franzen, Orit Bashkin, Reida Visser) a mis en évidence les faiblesses des grilles d’analyse basées sur la réification des identités religieuses (sunnite, chiite) et ethniques (kurde, arabe) afin d’expliquer la situation actuelle de l’Irak. La communauté n’existe pas en soi : il y a certes des moments et des lieux de communautarisation, mais la formation des communautés est dépendante des rapports de pouvoir et des moments historiques. On peut parler aujourd’hui de « communautés », mais sans les essentialiser. D’une part, chaque groupe est loin d’être homogène. D’autre part, les « moments transversaux » ont existé (voir les papiers de Peter Wien et Hala Fattah) et existent encore dans l’histoire contemporaine de l’Irak.

Les intervenant-e-s se sont penché-e-s également sur la relecture de la longue période baassiste (1968-2003) en Irak. L’invasion américaine de l’Irak en mars 2003 visait officiellement à mettre fin au régime de Saddam Hussein. De nouvelles institutions et élites devaient remplacer les anciennes (voir la contribution de Fanny Lafourcade). Il fallait faire table rase de la période dominée par le parti Baas à travers la « débaassification » de l’Irak. Dans l’Irak post-Saddam, l’écriture de l’histoire passée et récente était donc appelée à jouer un rôle majeur afin de poser les bases d’une identité « national-étatique » reconnue comme légitime par la majorité des citoyens. Or, l’Irak d’aujourd’hui marqué par le vide de pouvoir étatique dans certaines régions du pays, par la communautarisation des relations entre sunnites et chiites, et l’autonomisation certaine des régions kurdes du pays, semble correspondre très peu à la formule de la « démocratie bourgeoise », qui nécessite intégration et adhésion de ses citoyens.

Certains récits communautaristes sont basés sur des mémoires meurtries (ce qui a été illustré par Andrea Fischer-Tahir, Karin Mlodoch et Dina Khoury). Mais ces récits peuvent être instrumentalisés par les dirigeants de ces communautés dans leur lutte et cachent parfois les voix des « vraies victimes » de la répression du régime irakien (comme l’a montré le papier de Karin Mlodoch) provoquant une tension au sein même des groupes « victimisés ». L’usage massif d’instruments de coercition étatique vis-à-vis des citoyens irakiens a ouvert un débat intéressant sur la pertinence de la comparaison du régime de Saddam Hussein avec d’autres régimes autoritaires, voire totalitaires (voir la contribution d’Achim Rohde).

Le champ religieux chiite en Irak a été abordé dans trois communications (Robert Riggs, Michaelle Browers, Elvire Corboz). Les auteur-e-s ont montré comment le chiisme irakien s’inscrit simultanément dans différentes sphères – une sphère supra-étatique (monde chiite), une sphère étatique (Irak) et des sphères locales (Najaf, Kerbela…) –, donnant lieu à diverses configurations selon l’échelle d’analyse et le contexte historique observé. La littérature et le cinéma irakiens ont également fait l’objet d’interventions fort pertinentes. Sami Zubaida a souligné le recours, non sans humour, des romanciers irakiens à un certain « existentialisme » afin de survivre au chaos dans lequel l’Irak s’est vu plonger par, d’abord, l’embargo international durant les années 1990 et, ensuite, par l’invasion de 2003. Leslie Tramontini a rappelé la centralité de la poésie dans la tradition orientale et son importance dans la construction du sentiment national à l’ère des nationalismes. Deux contributions (celles de Lucia Sorbera et Nicolas Masson) ont présenté les efforts de réalisateurs irakiens et étrangers pour « expliquer » le présent des Irakien-ne-s en dehors de la narrative officielle des Etats-Unis et du gouvernement de Bagdad. Cette volonté de témoigner expliquerait le nombre important de films documentaires réalisés depuis 2003, au détriment des fictions.

Le dernier atelier a permis de se recentrer sur les limites des connaissances des sciences sociales sur une société donnée et la pertinence des grilles de lecture et des catégories d’analyse. L’histoire de l’Irak est constituée de ruptures successives et souvent radicales (coups d’Etat, changements de régime, invasions militaires…) dont les repères chronologiques sont identifiables. Depuis l’arrivée au pouvoir du parti Baas, les travaux de recherche avaient focalisé leur attention sur le système politique, sur le régime ou la clique au pouvoir. À partir des années 1990, la recherche se pencha sur les phénomènes tribal et communautaire en Irak comme nouvelles grilles de lecture. Les deux dernières interventions (Myriam Benraad et Peter Harling) ont invité, cependant, à éviter le recours à des paradigmes trop simplificateurs ainsi qu’à multiplier les sites d’observation et les échelles d’analyse (entre le local, le régional et le global, entre l’interne et l’externe) afin de renouveler les regards sur l’histoire irakienne, voire sur l’histoire contemporaine du Moyen-Orient.

La publication d’un ouvrage collectif (en anglais) réunissant la plupart des communications présentées lors de la conférence, en plus de nouvelles contributions, est déjà bien avancée : Writing the History of Iraq : Historiographical and Political Challenges, Londres : World Scientific and Imperial College Press. La publication est prévue fin 2009. L’ouvrage sera édité par Riccardo Bocco (IHEID), Hamit Bozarslan (EHESS), Peter Sluglett (University of Utah) et Jordi Tejel (SSMOCI).

 
 


SGMOIK/SSMOCI, The Graduate Institute of International and Development Studies (IHEID)
06.11.2008 - 08.11.2008 | Geneva, The Graduate Institute of International and Development Studies (Institut universitaire de hautes études internationales et du développement, IHEID)

Writing the History of Iraq.
 
Historiographical and
 
Political Challenges
 
Programme
Thursday, 6 November 2008
09:00-09:30 Welcome Remarks:
Phillippe Burrin, Director IHEID, Geneva & Anna Neubauer, SSMOCI, Bern
Introduction to the Conference:
Riccardo Bocco, IHEID, Geneva & Jordi Tejel, SSMOCI, Bern
 
Session One - Dealing with the Past: Methodological Issues at Stake
Chair: Peter Sluglett, University of Utah, Salt Lake City (USA)

09:30-09:50 Writing the History of Iraq: The Fallacy of ‘Objective’ History
Johan Franzen, School of Oriental and African Studies, London (UK)
09:50-10:10 Iraq Political Theory: Advice from the Past (1939-1958) to the Present
Orit Bashkin, Centre for Middle Eastern Studies, University of Chicago (USA)
 
Coffee Break
 
10:30-10:50 The Relevance of Contemporary American Historiography
Dietmar Herz, University of Erfurt (Germany)
10:50-11:10 The Sectarian Master Narrative in Iraq Historiography: New Challenges
Reidar Visser, Norwegian Institute of International Affairs, Oslo (Norway)
 
11:10-12:10 Discussion
 
Session Two - The Monarchy Revisited
Chair: Joseph Sassoon, St. Antony’s College, Oxford (UK)
 
14:00-14:20 The Difficulties of Writing the History of the Monarchy in Iraq after 2003
Hala Fattah, Independent Scholar, Amman (Jordan)
14:20-14:40 Understanding Political Radicalization in Interwar Iraq as a Generational
Conflict
Peter Wien, University of Maryland, College Park (USA)
14:40-15:00 Literacy, Nation and Gender in Iraq, 1945-1958
Sara Pursley, CUNY Graduate Center, New York (USA)
15:00-15:30 Discussion
 
Coffee Break

Session Three - Rethinking the Ba’thist Period
Chair: Hamit Bozarslan, EHESS, Paris (France)
16:00-16:20 Understanding Ba’thist Iraq? Towards a Comparative Historiography of
Dictatorships
Achim Rohde, Asia-Africa-Institute, Hamburg University (Germany)
16:20-16:40 The Iraqi National Leadership (2003-2007) and Narratives of the Recent
Past: The De-Ba’thification Issue
Fanny Lafourcade, Institut d’Etudes Politiques, Paris (France)
16:40-17:00 The Genealogy of Tribal Idiom in Iraqi Political Discourse
Loulouwa Al Rasheed, Institut d’Etudes Politiques, Paris (France)
17:00-18:00 Discussion
 
Friday, 7 November 2008

Session Four - Dealing with Victimhood: Whose Memories of Mass Violence?

Chair: Riccardo Bocco, IHEID, Geneva (Switzerland)
 
09:00-09:20 Violence, Memory, and Dealing with the Past in Iraq: The Perspective of
Anfal Survivors in Kurdistan
Karin Modloch, Centre for Modern Oriental Studies, Berlin (Germany)
09:20-09:40 “…to exterminate the Kurdish race”: The Concept of Genocide as Part of
the Production of Academic Knowledge in Iraqi-Kurdistan
Andrea Fischer-Tahir, Centre for Modern Oriental Studies, Berlin (Germany)
09:40-10:00 Memories of the Intifada: Truth and Victimhood
Dina Khoury, Department of History, George Washington University (USA)
10:00-10:30 Discussion
 
Coffee Break
 
Session Five - The Iran-Iraq War: Between Oral and Official History
Chair: Astrid Meier, University of Zürich (Switzerland)
 
11:00-11:30 The Triumph of the ‘Nation’: A Comparative Study of War Narratives of
Iraqi and Iranian Veterans of the Iraq-Iran War
Babak Rahimi, Program for the Study of Religion, Department of Literature, University of California, San Diego (USA)
“Qadissiyat Saddam”: The gamble that didn’t pay off
Cherine Chams El Dine, Faculty of Economic and Political Sciences, Cairo University
(Egypt)
11:40-12:00 Discussion
 
Session Six - Shi’a Actors in Post-Saddam Iraq: Partisan Historiography
Chair: Géraldine Chatelard, Institut Français du Proche-Orient, Amman (Jordan)
 
14:00-14:20 Navigating the Shoals of Partisan and Global Identity in the
Historiography of Iraqi Religious Institutions
Robert Riggs, University of Pennsylvania (USA)
14:20-14:40 The Rebirth of Arab Shi’a Political Thought: From Najaf to Beirut
Michaelle Browers, Wake Forest University (USA)
14:40-15:00 Between Symbols and Action: The Claims of the Supreme Assembly for
the Islamic Revolution in Iraq to Religious and Political Leadership
Elvire Corboz, Faculty of Oriental Studies, Oxford (UK)
15:00-15:40 Discussion
 
Saturday, 8 November 2008
Session Seven - Representing Iraq History through Literature and Cinema

Chair: Hilary Kilpatrick-Waardenburg, SSMOCI, Bern (Switzerland)
 
09:00-09:20 Literary Glimpses of Iraqi Society in the XXth Century
Sami Zubaida, Birbeck College, University of London (UK)
09:20-09:40 Are Iraqi Filmmakers Writing History or Just Fiction?
Lucia Sorbera, Ca’Foscari University, Venice (Italy)
09:40-10:00 From Fragmentation to Reconstruction: Movies about Iraq
Nicolas Masson, Project Consultant ‘Palestinian Territories,’ Middle East and North
Africa Programme, Ramallah (Palestine)
10:00-10:20 Creating History: Poetry in the Service of Nation-Building
Leslie Tramontini, Center for Near and Middle Eastern Studies, University of Marburg
(Germany)
 
Coffee Break
10:50-11:50 Discussion
 
Session Eight - New Paradigms for Iraqi History?
Chair: Jordi Tejel, SSMOCI, Bern (Switzerland)
 
13:30-13:50 Identity and History in Iraq: The “Sunni Arab Paradigm” Revisited
Myriam Benraad, Institut d’Etudes Politiques, Paris (France)
13:50-14:10 Building on Sand? Butressing the body of knowledge of the Saddam Era
Peter Harling, International Crisis Group, Damascus (Syria)
14:10-14:30 Discussion
 
Coffee Break
Concluding Remarks
15:00-16:00 Concluding remarks:
Hamit Bozarslan, EHESS (France), Peter Sluglett, University of Utah, Salt Lake
City (USA) and Riccardo Bocco, IHEID (Switzerland)
 
Please register your attendance by email: jtejel@vtxnet.ch
For more information, please contact:
The Centre on Conflict, Development and Peacebuilding (CCDP)
Graduate Institute of International and Development Studies
Rue de Lausanne 132 – P.O. Box 136 – 1211 Geneva 21 - Switzerland
Tel : +41 (0)22 908 57 41 ― Website : www.ccdp.ch
Access from Railway Station: Bus nr. 1 (Stop Sécheron)



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